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10 avr. 2026
Food & TikTok

Ramen épicées rouge fluo ou gnocchis revisités… Sur TikTok, la nourriture se met en scène, se transforme, se viralise. La plateforme n’a pas seulement changé notre façon de consommer du contenu. Elle a aussi reprogrammé notre rapport à la nourriture. Ce qu’on mange, comment, pourquoi… tout est passé au filtre de l’algorithme.

 

Une révolution visuelle et sensorielle

Parmi les tendances liées à la nourriture, les Mukbangs occupent une place énorme sur TikTok. Venu de Corée, le terme mukbang  (meokbang) est une combinaison des mots « manger » (meongneun) et « diffuser » (bangsong). On pourrait donc le traduire par « manger à l’écran ». Ce format met en scène des personnes en train de manger d’énormes quantités de nourriture, souvent accompagnées de sons d’ASMR (Autonomus Sensory Meridian Response) - mastication amplifiée, fritures croquantes, les glouglous des boissons - censés provoquer une sensation agréable. Ces vidéos jouent sur le réconfort sensoriel et donnent l’illusion d’un moment de convivialité virtuelle surtout pour ceux qui se sentent isolées. 

 

Entre spectacle et réalité

Mais attention ! Derrière ces vidéos en apparence réconfortantes se cache une autre réalité. On ne voit pas des créateurs qui suivent un régime très strict avant ou après le tournage. Parce que, oui, avaler cinq burgers, trois bols de nouilles et une montagne de fritures d’un coup, ce n’est pas anodin.

Un exemple particulièrement révélateur est celui de Nikocado Avocado, un célèbre mukbangeur, qui a révélé en septembre 2024 avoir secrètement perdu plus de 114 kg en deux ans. Pendant ce temps, il continuait à publier d’anciennes vidéos où il apparaissait en surpoids, tournées bien avant le début de sa transformation. Pendant que ses vidéos donnaient l’illusion qu’avaler des quantités de nourriture est normale, Nikocado Avocado suivait un tout autre mode de vie – qu’il ne montrait pas.

Résultat : notre cerveau perd ses repères en pensant que manger énorme est sans conséquence et que notre corps peut tout encaisser. Des experts alertent sur les effets à long terme de l’exposition répétée à ces vidéos. Selon une étude publiée en septembre 2024, le temps passé devant des contenus de suralimentation est significativement lié à l’apparition de troubles alimentaires. Ces vidéos, en banalisant des excès caloriques, altèrent la perception des quantités raisonnables.

 

TikTok...le royaume des défis !

C’est presque une loi : plus c’est extrême, plus ça cartonne. Mais quand ils touchent à l’alimentation, certains franchissent la limite du raisonnable. Parmi les plus connus, le ‘Spicy Noodle Challenge.’ Ce défi consiste à manger des nouilles ultra épicées sans montrer des signes de douleur ni boire de l’eau et ce, le plus rapidement possible. Si ce genre de vidéo amuse et attire des millions de vues, il présente de vrais risques pour la santé : brûlures digestives, maux d’estomac, réactions allergiques, voire hospitalisation dans certains cas. 

Ces contenus posent un double problème. D’une part, ils banalisent des comportements dangereux, donnant l’impression que tout est comestible si cela permet de faire le buzz. D’autre part, ils encouragent l’imitation, en particulier chez les jeunes utilisateurs, qui n’ont pas toujours la maturité nécessaire pour mesurer les conséquences. 

L’algorithme TikTok pousse à toujours faire plus et aller à l’extrême pour capter l’attention, créant des concepts dangereux et insensé. Et la santé ? Oubliée.

 

Manger de tout...de partout

Malgré son dark side, TikTok est une véritable bibliothèque pour les passionnés de cuisine. Des recettes japonaises et coréennes circulent sur les fils d’actualité, portées par des créateurs passionnés ou des amateurs curieux. Ce qui rend ce phénomène si intéressant, c’est qu’il ouvre la cuisine traditionnelle en la rendant plus accessible, adaptable… et universelle. 

Par exemple, une recette de tteokbokki coréen peut être revisitée avec des ingrédients facilement disponibles à Maurice. Le curry thaï se prépare avec des légumes du marché local. Ce type de contenu permet à chacun de s’approprier des traditions culinaires d’ailleurs, sans nécessairement avoir accès aux produits originaux, souvent coûteux ou introuvables selon les pays. Ce phénomène encourage une ouverture culturelle sans filtre. Il permet aussi aux diasporas de se reconnecter avec leurs racines, ou de transmettre leur héritage culinaire de manière vivante. Au lieu d’imposer des normes culinaires globalisées, TikTok devient un espace de créativité partagée, où l’on apprend à cuisiner à sa sauce, avec ce qu’on a à disposition.

 

Cuisiner malin

Parfois, la plateforme donne des idées pour organiser et anticiper. Bienvenue dans l’univers du batch cooking. Le principe ? On cuisine tout, ou presque, en un jour (souvent le dimanche), pour ne plus avoir à le faire durant la semaine. Une grande session en mode « je coupe, je prépare, je répartis dans des boîtes »… et voilà ! Gain de temps, économie d’énergie et surtout, zéro « bon, on mange quoi ce soir ? ». 

Sur TikTok, ces vidéos cartonnent. On y voit des plans bien filmés, des casseroles alignées et surtout... des frigos ultra organisés. Tout est étiqueté et compartimenté. Autre avantage : on mange souvent mieux. Et on utilise ce qu’on a déjà. 

Beaucoup partagent des idées « zéro gâchis » : des plats pensés à partir des restes ou des ingrédients recyclés. Comme quoi, parfois, la tendance TikTok la plus utile, c’est celle qui fait gagner du temps quand on n’a pas la tête à cuisiner.

L’union entre food et TikTok nous apprend une chose : on peut rester curieux sans perdre la tête. TikTok est un mix de nouveautés pratiques et de tendances à éviter. Il s’agit de savourer le meilleur sans se laisser submerger par le pire, pour tirer pleinement profit de cette révolution culinaire numérique.