QUE CHERCHEZ-VOUS?
11 mai 2026
Kareron

L’art de créer, du potager à l’assiette

À La Carrière, maison coloniale ancrée dans le paysage emblématique de Moka, si on s’approche un peu des murs, on pourrait presque entendre les conversations animées, les pépiements de poussins et les enfants qui courent… Pourtant, personne n’habite plus les lieux, sauf parfois l’effluve d’un parfum fleuri, le souvenir d’une gelée de goyave, des retrouvailles dans le grenier. 

Redonner vie à un endroit n’est pas chose aisée. Et c’est le pari que s’est lancé Géraldine Darpoux, responsable du Pôle entrepreneuriat culturel du groupe Eclosia, il y a trois ans. Que faire de ce beau lieu ? Comment respecter sa mémoire ? Comment le projeter vers l’avenir ? D’abord, le rénover ! Du parquet au plafond, du bois à la pierre, redonner de l’allure à ce bijou d’architecture.

S’en suit une réflexion : comment redonner à ce lieu son caractère convivial, familial et vivant ?

Alors on se rassemble autour de la table pour partager les idées et les bouchées : on s’y retrouve à chaque repas. On parle, on échange, jusqu’à ce que ça devienne une évidence : cet endroit pourrait s’animer autour de la cuisine, du plaisir de passer du temps ensemble, à table, celle d’ici, celle qui trouve sa source dans nos souvenirs d’enfance, sublimée à la sauce d’aujourd’hui.

Géraldine a une idée ! Ailleurs, elle a travaillé sur des tiers-lieux – ni bureaux, ni restos, ni bibliothèques, ni salles d’expo, mais tout ça à la fois : des lieux de rencontre, des machines à créer du lien. Des lieux ni carrés, ni ronds, mais les deux à la fois. 

Voilà ce que pourrait être La Carrière : un lieu Kareron. Un lieu pour faire se croiser les gens et les talents. Enn vre kari melanz. Un peu comme on passe du bazar à la rue La Corderie, pour retrouver l’essence de ce qu’on mange et le partager : un lieu dédié à l’art de la gastronomie mauricienne et à sa transmission, un lieu pensé avec la volonté de regrouper pratique culinaire, mise en culture, art et anthropologie.

Alors on met quoi dans la marmite à pression ? Des chefs, des artistes, un potager, des employés et puis quelqu’un pour porter le projet à ébullition, littéralement. Qui d’autre que le Chef Nizam Peeroo, l’ancien chef exécutif du Ninety-Six Hotel Collection, pour allumer le feu et animer une communauté de chefs autour de cette cuisine qu’il chérit tant ? Loin d’avoir rendu son tablier, l’heure est maintenant à la transmission : partager son savoir-faire unique et son goût pour l’innovation autour des produits de notre terroir.

Le Chef Nizam a alors pour mission : 

- la rénovation de la cuisine existante pour la professionnaliser,

- la création d’une cuisine au feu de bois,

- la formation des chefs à la gastronomie mauricienne d’autrefois agrémentée de créativité,

- un regard sur la remise en culture du jardin potager pour donner la direction sur les variétés de fruits et légumes à y faire pousser.

Le jardin potager justement, parlons-en. C’est un lieu bien vivant : fruits de Cythère, tonnelle chouchou, zamalak, pois carré… Letan margoz sont finis pour le potager qui héberge maintenant plus de 60 espèces de plantes dont prend soin Norbert Moses, le permaculteur. Ici pas de produits chimiques puisqu’on s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels. On attire les pollinisateurs, on désherbe à la main, on récolte pour alimenter l’alchimie gustative en cuisine.

S’intéresser à la gastronomie mauricienne, c’est s’intéresser à nos manières de planter, nos manières de consommer. C’est aussi s’intéresser à la provenance des ingrédients : aromates, fruits, légumes, épices, des ingrédients d’ici mais qui viennent surtout d’ailleurs. Alors pour suivre le fil, on prend celui de l’histoire et de la culture avec l’anthropologue Maya de Salle. C’est elle qui va donner des racines à ce projet.

À ce projet, il faut aussi des ailes : des artistes pour explorer et remettre en question nos façons de manger et de penser la nourriture. En résidence à Kareron, Resort Collective, qui regroupe des artistes pluridisciplinaires, se rassemble autour d’un repas expérimental. L’une s’interroge sur ce qu’on mangera demain ; ensemble, elles expérimentent sur la fermentation… À la table du Banquet de Resort sont conviés d’autres artistes. Deux d’entre eux qu’elles invitent en résidence, fabriqueront même une ruche en terre qui trouvera sa place au potager. Bientôt, une première récolte de miel. Secouer les habitudes et le cocotier.

Il y a de l’effervescence au menu. Anne-Clotilde St Mart, manager de Kareron souligne que « ce genre de connexion se crée naturellement parce que les différents pôles du projet sont réunis sous un même toit. »

Ce qu’on propose à Kareron : des formations à destination des hôteliers, des formations pour les chefs et pour les membres de leur brigade. Des formations pour se reconnecter à notre culture culinaire, celle qu’on aime et en laquelle on croit, celle qui nous différencie, celle qui sera imaginée par les talents de demain et que les locaux et les voyageurs viendront savourer.