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19 mai 2026
Le Food aussi est un Patrimoine de l'UNESCO

La nourriture rassemble…
À tel point qu’elle est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Mais qu’a-t-elle de si spécial ? 

Bien au-delà d’une collection de plats, l’UNESCO protège la pratique culturelle qui se transmet à travers les générations. Ainsi, la pizza napolitaine n’est pas un plat protégé au patrimoine immatériel, mais l’art napolitain du pizzaiolo l’est. 

Comprendre cette nuance permet de mesurer l’importance de la transmission de cette culture. Commençons par la question que vous vous posez probablement : qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel ?

L’UNESCO permet à la notion de patrimoine culturel d’évoluer. Au fil des années, celle-ci s’est étendue aux traditions et aux témoignages vivants transmis de génération en génération, pour inclure, entre autres, les traditions orales et… la nourriture, sa préparation, voire ce qu’elle représente.

Cap sur les traditions culinaires du monde pour voir ce que nous partageons: 

Le ceviche, entre fraîcheur et transmission

C’est l’une des formes les plus reprises de la cuisine péruvienne à travers les restaurants du monde. Le ceviche, plat rafraîchissant à base de poisson cru mariné au citron, piment et légumes frais, enchante les papilles et s’invite facilement dans les étés chauds et humides de Maurice. 

Sa tradition repose sur plusieurs savoir-faire : ceux des pêcheurs et des agriculteurs, mais aussi des restauratrices, car dans les cuisines des cevicherías (des restaurants spécialisés) les femmes règnent en maîtres. La transmission culturelle se fait donc autant à travers les gestes que par le biais de celles et ceux qui incarnent la tradition. 

23 JANVIER - Lima, Peru.
Un ceviche mangé à l’ombre d’une cevichería, poisson cru, citron, piment. Simple et si frais.

Al Man’ouché, un rituel du matin 

Pain plat artisanal recouvert de thym, de sumac, de graines de sésame torréfiées, de sel et d’huile d’olive, le man’ouché est enfourné pour libérer ses arômes riches et intenses, et réveiller les papilles dès le matin. 

Au-delà de son goût unique, il symbolise surtout le rituel collectif : dans les familles, hommes et femmes participent à sa préparation, chacun à sa manière. C’est un moment de partage et de prière pour que la pâte lève. 

Les Mauriciens y verront sans doute l’équivalent d’un naan… à essayer chez soi pour un petit-déjeuner aux saveurs envoûtantes. 

3 février — Liban.
Un man’ouché préparé à plusieurs mains. Le parfum du thym ouvre la journée.

La cuisine traditionnelle mexicaine, une philosophie vivante 

Vieille de plusieurs millénaires, la cuisine mexicaine est bien plus qu’un répertoire de recettes : elle incarne une vision du monde. 

Un exemple marquant est le Michoacán paradigm, qui associe gastronomie, producteurs locaux et développement durable. On y retrouve une logique circulaire où chaque acteur – cultivateur, cuisinier et convive – est partie prenante. 

Les Mauriciens seront surpris de découvrir qu’au-delà d’un amour partagé pour les grains secs, nous partageons aussi un outil : le metate, une pierre à moudre qui rappelle la roche cari de nos grands-mères. 

18 février — Mexique.
Des tacos nés d’un geste ancien, répété chaque jour... Et ça se sent !

La hawker culture de Singapour, un patrimoine urbain et communautaire

Nés de la restauration de rue, les hawker centres sont devenus de véritables salles de restauration en communauté au cœur de Singapour. On y partage un petit-déjeuner, un déjeuner ou un dîner, entre parties d’échecs, concerts improvisés et expositions d’artistes. 

Ces lieux incarnent l’esprit multiculturel de la ville-État : Chinois, Malais, Indiens et bien d’autres communautés s’y retrouvent et leurs cuisines s’influencent mutuellement. Chaque hawker a souvent une spécialité, perfectionnée depuis les années 1960, et transmise aux enfants ou apprentis. 

Plus que des lieux de restauration, ce sont des lieux de vie qui renforcent le lien entre habitants de différents milieux et perpétuent une tradition de partage. À Maurice, ces espaces évoquent nos bazars ou food courts, où le parfum d’un mine frit rivalise avec celui d’un curry. 

Vecteur de gestes, de rituels et de savoir-faire, le patrimoine culinaire immatériel est autant synonyme de plaisir des sens que de création de valeur et de cohésion sociale. Alors, qu’est-ce qu’on protège quand on protège une recette ? Peut-être moins le plat lui-même que le lien invisible qui nous unit, à travers la mémoire, le geste et le partage. 

2 mars — Singapour.
Manger au hawker centre, comme tout le monde, à toute heure, entouré de voix, de gestes et d’odeurs qui se mêlent.

Le nouvel an chinois, le bonheur d’un repas en famille

La fête du printemps, ou Nouvel An lunaire, marque le passage à une nouvelle année, dit « guonian » dans la culture chinoise. À Maurice, comme en Chine, on honore les ancêtres, on nettoie les maisons et on prépare un festin. 

Le dîner de la veille du Nouvel An concentre toute la symbolique de cette tradition : l’abondance des plats partagés et la joie d’être réunis. Là encore, la nourriture devient langage universel de transmission et de cohésion. 

Inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2024, ce festival est un temps fort des calendriers chinois et mauricien. 

10 février — Chine.
Nouvel An chinois et un dîner de famille, symbole d’abondance et de retrouvailles.

Le repas gastronomique à la française, ou l’art de savourer

Loin des clichés de l’étiquette, le repas gastronomique français célèbre d’abord l’art de la table et la convivialité. L’acte de recevoir est pensé avec amour, la table dressée et décorée avec soin, car le but est d’y passer plusieurs heures. Au moment du repas, on s’assoit, on se déconnecte des mondanités et on vit dans le présent. 

La structure codifiée – apéritif, entrée, plat, fromage, dessert, liqueur – incarne autant un art de vivre qu’un plaisir des sens. Admirer, sentir, goûter… chaque geste est une invitation à la lenteur et à l’attention. 

Un rituel qui rappelle la nostalgie des repas festifs à Maurice, où l’on se retrouve autour de grandes tablées. 

15 mars— Paris, France.
Apéritif, plat, fromage, dessert. Un art de vivre à la française.

Le saviez-vous ?

L’UNESCO travaille actuellement sur un Food Atlas, attendu pour 2026. Il recensera et mettra en valeur les pratiques culinaires inscrites au patrimoine immatériel.